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Jul
Ecrits de mes deniers jours en Coree du Sud
by Meriadec Damien in Last days
Mercredi 16 Juin 2010
Apres ces 4 ans en Coree du Sud, voila qu’il est temps pour moi de partir… bientot. Le bientot aura su prendre son temps, pose que j’etais ici, le temps s’etant parfois arrete. Le bientot se fait attendre, m’a fait longuement languir. Plus de 2 mois encore. Arreter une vie pour en commencer une autre. Revenir a un pays que je ne connaissais finalement pas. Quitter un pays que je ne connais finalement que peu. Ces voyages sont comme des histoires d’amour, on se laisse visiter par tant d’ailleurs, et puis finalement on doute de s’etre bien connu, de s’etre vraiment connu… On se rappelle les etreintes, mais que nous reste-t-il aujourd’hui? Des experiences. Oui, c’est cela. Des souvenirs, moments de joie, de partage, de peine, de doute, de solitude, de rires,… Retour vers un pays qui a change, bien change, en 4 ans. On ne se connait plus… comme un amour ancien que l’on revoit de temps en temps. Je dois te reconquir? quel affreux mot. Je dirai que je dois me faire seduire de nouveau, te seduire aussi, il faut que l’alchimie se fasse de nouveau… et cela me fait un peu peur, nous ne nous connaissons vraiment plus.
Ce soir, les dernieres repetitions du spectacle. Je suis heureux d’avoir eu cette chance de faire des petites mises en scene, ici, a Seoul. C’est ce que c’est, mais j’aurai tout donne, tout de mon etre, pour ces moments ephemeres que sont les repetitions, les spectacles, ce merveilleux processus de la rencontre theatrale. Finalement avec une representation unique a chaque fois, on peut se sentir flouse, mais le processus, les 2 mois de travail, parfois intensif, sont une intensite en soi. J’ai vu tellement de personnes, ou parfois les memes, vivre, essayer, s’essayer, rencontrer, se rencontrer, aller a la rencontre… tous ces exercices que j’affectionne, ces mises en scene magiques… travailler sur l’ecoute, c’etait vraiment une trouvaille… on n’invente rien, non, mais, bien que j’aille a contre courant, je suis content de donner cette liberte a mes etudiants. Je ne sais pas si j’ai pu communiquer ce que je voulais communiquer. Le theatre est si riche mais si invisible aussi que je ne sais pas s’ils ont vu. Un enseignement si riche que je n’ai pu donner que si peu, trop peu de cours finalement et jamais de vrais spectacles. Non, il n’y a pas de vrai spectacle, mais jamais assez de temps pour se connaitre, pour connaitre ce present-la de nous-meme et des autres qui est maintenant passe. Il n’y a pas de vrai theatre mais des situations, des moments, des ephemerites. Quand j’en parle, j’en ai des larmes. Je suis trop dedans, pourrait-on dire. L’echelle est infime, mais je me rappellerai avec delectation de ces moments passes dans les sous-sol de l’Alliance a creer un autre monde, a rever d’autres possibles, a construire des decors, a amenager et reamenager des espaces, des spatialites autres. Oui, j’ai essaye de vivre autrement dans ce restaurant du sous-sol, transformer un restaurant laid par l’imagination. Transcender la vie, c’est cela ma vision du theatre, de l’art ou de la culture… a ma petite echelle.
Voila, samedi, rebelotte. Theatre-forum. Donner et recevoir. Echanger. Partager. Je ne sais pas ce qui se partage vraiment. Pour Dom Juan de Moliere, il y a deux mois, le travail me semblait plus intense, plus soutenu. On verra samedi le resultat, l’energie degagee.
Je ne peux plus quitter le theatre aujourd’hui. Je ne peux plus quitter ce theatre, mon theatre, notre theatre. Une empreinte a ete deposee en moi. Voila 10 ans que je montais a Paris pour faire du theatre et fracasser mes reves a la dure realite. Je n’etais pas politise, je n’avais pas de personnalite. Cette chance qui m’a ete donnee ici m’a permis de me reconcillier avec le theatre essentiel, avec l’ame du theatre. Je l’ai reagence dans ses fondements ce theatre qui est mien aujourd’hui, je n’ai pas la pretention d’avoir reinventer le theatre mais en tout cas je suis heureux de l’avoir depoussiere de ses paillettes. De me perdre en le passant, passeur de theatre. Le theatre est une rencontre, un don. Je trouve finalement qu’on donne si peu au public et c’est la-dessus qu’il me faut travailler dorenavant. La rencontre est amenagee, maintenant le don doit s’y etendre. La quete theatrale ne fait que commencer, le travail reste a faire, les bases sont encore branlantes mais compactes. Construire le chemin, tout reste a faire, utopie naissante. Concillier mon amour de ce theatre avec la France, avec l’ailleurs autre, voila le projet. Rencontrer. Apprendre. Encore. J’ai peur, je suis excite, j’ai hate, allons-y aveuglement.
Jun
Coree et capitalisme: le laboratoire du pire
by Meriadec Damien in Last days
Vendredi 18 juin 2010.
Bon, il est venu le temps de passer a la critique… ah ah! Ben, ouais, comme tout pays, selon l’humanite que nous connaissons, la Coree du Sud n’echappe pas a la regle: une societe basee sur l’inegalite. On me criera que c’est facile de taper sur les autres, mais le tour de la France viendra et je serai aussi vache avec elle, aussi critique: aux aguets! On crie souvent haro sur la Corée du Nord, sur le communisme, mais faut déjà regarder chez soi… Extremisme au Nord comme au Sud, mais forme differente.
Pour rappel, la societe coreenne a une culture confucianiste depuis plus de 500 ans : les jeunes doivent respect aux aines et la hierarchie sociale y est fortement developpe. Ce terreau fertilise les esprits pour que le capitalisme puisse s’y developper. L’occupation japonaise (1905-1945) aura serieusement detruit l’identite coreenne dans ses bases les plus profondes (la langue japonaise est imposee, le forage des montagnes par les japonais pour en extraire l’esprit sacré de la Coree a une portee symbolique monstrueuse, le patrimoine culturel est detruit) et a la liberation, alors que le pays est separé en deux, apres une guerre de Coree devastatrice, les americains s’installent et aident les diverses dictatures (des gouvernements de pro-japonais, ancien collaborateurs, se succedent) a se maintenir. 1988: JO de Seoul. Puis, la democratie peut fleurir au debut des annees 90. Le XXeme siecle aura ete un traumatisme pour le peuple coreen. Sa legitimite identitaire n’etant plus historique, le capitalisme donnera àau pays une legitimite economique, avec sans doute un appui fort prononce des Etats-Unis. La deuxieme moitie du XXeme siecle est a mon sens une lente montee, une difficile progression, vers une democratie liberale.
Cette presentation, ce terrible passé, explique la situation actuelle. Je passe donc a la critique, et je serai severe, non pas en tant que francais, mais en tant qu’humaniste.
Consequences de ce siecle ou les coreens ont ete occupes par d’autres pays, d’autres ideologies ? Hopitaux, ecoles (instituts de cours du soir), police (milices prives), universite, etc.. privatisés. Peu d’impots. Un bon niveau de vie. Medias surpuissants. Nationalisme important en raison de la petite taille de la peninsule et de sa situation strategique entre Chine et Japon. Debut veritable d’ouverture aux etrangers (quand j’habitais pusan voila 4 ans, je ne rencontrais que rarement un autre europeen). Elections spectacles avec voiturette faisant des shows et vieilles femmes jouant les pompom girls. Salaries travaillant pres de 50 heures par semaine dans des entreprises omnipotantes (elles possedent des chaines de grands magasins, produisent tous les produits informatiques et la telephonie, construisent des buildings qui forment des lotissements geants a leur nom, donne leur nom aux noms des equipes de base-ball scandes par la foule,…). Vacances se reduisant a 5 jours par an mais rarement prises. Le pere travaille toute sa vie pour payer les etudes si cheres de ses enfants. L’urbanisation de la ville est construite selon des secteurs: les magasins d’informatiques tous dans le meme quartier, les drogueries pareil, les restaurants tous ensemble, … Des chaines de Donuts, de Mc Do, de cafe a la starbuck’s, de glaces, de steaks et d’epiceries pullulent tous les 500 m (a Pusan, les petits cafes personnalises sont rarissimes pour une ville de 4 millions d’habitants). Les loisirs existent peu excepte le shopping, le golf, les restaurants, les bars, le sport en salle,… Mariage contractuel et famille preferables avec celibat stigmatise. Magasins ouvert 24h/24h et 7/7. Clients rois accueillis avec le sourire. Consommation reine. Telephonie forte avec tele a regarder dans le metro ou en marchant. Ecrans videos geants a tous les carrefours. Plus la voiture est grosse, mieux c’est. Aucune vieille voiture dans les rues. Suicide d’entreprise banalise. Culture et art comme produit de consommation sponsorise par les plus grandes entreprises.
Donc quand je vois ca et que je sais que le petit Sarkozy et ses copains ouvrent les vannes du liberalisme en France, je m’inquiete pour mon pays qui a du bon parfois a etre immobiliste.
Jun
L’amour, chimère à poursuivre
by Meriadec Damien in Last days
Dimanche 20 juin 2010
Quel vide as-tu laissé… l’amour est passé, a tout ravagé et s’en est allé, me laissant seul avec mes souvenirs… le corps se souvient, chaque sens a enregistré chaque partie de son être, de ton être… le temps passe et n’efface rien… l’amour laisse chancelant, une existence chancelante qui s’accroche au manque… la distance pourra-t-elle détruire cet amour-là ou ne fera-t-elle qu’attiser le feu? La distance pourra-t-elle combler le manque… le temps passe et nous changeons, des souvenirs d’amour persistent, nous restons amoureux, amoureux de l’amour…
Qu’est-ce qui nous attache ainsi? Quels liens mystérieux se tissent? Qu’y a-t-il à démêler? Je ne sais pas, j’aurai tout essayé mais rien à faire… j’ai beau vouloir te déposer ça et là, tu ne pars pas, tu hantes mon âme comme un ange complexe…
Nous étions comme deux enfants… c’est l’enfance qu’il y a de commun avec l’amour, cette passion, ce grand amour, cet aveuglement des sens troublant et vivifiant… le temps passe, les rencontres aussi, mais il y a cet écueil que tu as laissé intact en moi… que puis-je dire? que puis-je faire? la résignation, cette bêtise que la plupart appelle “tourner la page”… moi, je dirai face à la vie, face à l’amour, face au consensus social si haïssable, que je souhaite te chérir encore dans des sphère qui me sont seules accessibles… je me lève, le poing armé, contre l’intolétable, je fais face à cette absurdité de la séparation, du lien nerveux rompu… bien qu’amputé, tu es mon membre fantôme, celui que je nommerai sur mon lit de mort… moquez-vous, vous, les tristes! Je persévère dans la beauté sous d’autres formes, ma Béatrice… oui, j’aimerais encore plus de mille fois, et tu seras là comme pour la première fois, au bout de cette ville, là-bas au bout du monde, au bout de mon monde, sur cette plage… je lisais John Fante, Ask to the dusk, quelques semaines auparavant et tu as su faire sortir Camilla Lopez de la page, tu as su la transfigurer… ce que j’avais aimé et rêvé intensément dans les livres, tu me l’as offert dans ta cruelle et douce réalité… merci, mon amour, d’avoir été cette transcendance… merci de m’avoir montré que la vie est plus forte que la littérature, merci pour la poésie
On s’est déjà tout dit, on a déjà refait l’avenir, on s’est déjà salué mille fois, tout cela rend la vie tellement plus belle, merveilleuse aventure… un amour que l’on transpose au roman, ou qui a déjà été transposé car tu étais ma Mona, ma June… je lisais Plexus par hasard quand tu es partie et c’est mon vieux Miller qui m’a relevé… Miller a su foutre sur la gueule de Wong kar wai et de Téchiné…
Il semble que tout soit dit… et qu’il soit bon de le redire… quitter la Corée, c’est conclure un chapitre, s’est partir encore; c’est m’éloigné de toi, c’est grandir un peu comme j’ai grandi en arrivant ici… c’est revenir dans l’autre hémisphère, celui de mon être, et trouver l’équilibre… oui, tout semble dit, mais la vie ne dit jamais son dernier mot… partir, c’est aussi savoir garder en soi, savoir chérir, préserver…
« Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte. Voilà enfin l’homme qui n’avait pas peur de l’émotion. » Charles Bukowski préfaçant John Fante
Jun
La persistance des autres
by Meriadec Damien in Last days
Jeudi 17 juin 2010 (je mettrai les accents plus tard)
Ces derniers temps, sur le point de partir, je repense aux autres, a tous ceux rencontres ici. Des moments intenses, du partage, de la curiosite. Ce que je me rappellerai de cette experience de la Coree, ce seront mes rencontres, ce seront les gens, les coreens, mes amis, si precieux, et les rencontres hatives, les conversations de bar, les regards, les interrogations. Il n’y a rien de plus beau qu’une rencontre. Je crois que chaque personne rencontree persiste en moi, encore. Je n’avais jamais ressenti cela auparavant, avant de partir, avant de voyager, l’autre. Se souvenir des personnes, faire des rencontre, se rencontrer, n’est-ce pas la le but d’une vie, d’un voyage, d’une rencontre ?
Je ne veux pas parler ici des francais rencontres en Coree, pales archetypes de l’expatrie pour la plupart dont il n’y a rien a dire et dont la triste banalite m’a toujours fait fuir. Le meme, lorsque l’on voyage, n’est pas attirance. On ne voyage pas pour se retrouver entre semblables, on voyage pour s’aventurer, on s’aventure dans le dissemblable. C’est l’autre vers lequel on tend dans la traversee de la vie. En ce qui me concerne, j’aurai rencontre beaucoup de belles personnes, des gens a l’ecoute, des amis coreens, des rencontres coreennes. Et il me semble bon de rappeler ou de reveler que, derriere leur timidite ou leur manque d’assurance face a celui qui leur est etranger, ces personnes rencontrees, coreennes, auront toujours fait montre de cette capacite genereuse, sincere et emouvante d’accueil. Les coreens, je crois, savent accueillir et l’image qui me vient c’est tout simplement l’ouverture des bras quand on accueille. Accueillir pour un repas, c’est savoir cueillir le moment. Accueillir par curiosite, c’est savoir recevoir.
Dire du bien a l’autre, je crois que c’est la leur plus grande qualite; dire le bien qu’ils pensent de l’autre qui leur est etranger. Flatter mais avec respect, avec une retenue touchante. Flatter avec l’ame et non avec l’idee, l’idee de derriere la tete. Dans mes relations avec ces gens, il y aura toujours eu une grande sincerite. Peut-etre parce que je suis etranger. Les francais sont les meilleurs pour humilier les leurs en public; les coreens font peut-etre de meme entre eux. Je ne sais pas. Complexite. C’est etrange d’avoir ete si bien aupres de l’autre, parfois aupres de la difference, mais cette sincerite coreenne de coeur et d’ame a toujours su nous unir. Persiste en moi cette belle amitie, jeune femme si differente: nous avions une energie commune et c’est cela qui a su creer l’amitie; peu de gouts communs, mais la franchise de la rencontre, l’energie, les mots, les rires. Des rencontres se sont tissees dans leur plus belle simplicite. J’ai appris tellement de toi, de toi, et puis de toi, et de toi aussi. Est-ce la vie? Est-ce que ce sont nos differences? Est-ce que ce sont les courants sur lesquels nous flottons qui nous reunissent et nous unissent? Je n’ai pas la reponse. Je parlais de ces personnes capables de flatter par gentillesse, ce don que l’on fait quand on pense avant tout a l’autre. La convivialite. Encore des souvenirs, encore une idee qu’il faut retenir: la convivialite. Combien de soiree ai-je passe atable, a manger ou a boire, rire, partager, parler, questionner, ecouter, discuter, exagerer, rigoler. Merci. Oui, merci pour ces chaudes atmospheres de restaurant, ces effluves qui nous emportent, cette legerete de la table. Merci pour m’avoir inviter a votre table, un soir. Finir tard. Ne plus se reperer. La nuit, les restaurants, les neons, les lumieres. Et vous, mes amis, mes guides nocturnes. Vous m’avez rempli de la joie de vivre, moi qui ne savait pas exister. Toi le communiste, moi l’anarchiste, rencontre d’un soir, au bar, malgre le brouhaha. On ne s’est plus revu. Les mots, les regards ce sont de beaux restes. Et puis, j’ai danse avec toi dans ce cafe traditionnel, aux odeurs sucrees de the. Et puis, toi, mon ami, qui a pris soin de moi, toi mon ami qui m’a sorti la nuit, qui m’a aide. Des rencontres. Ivresse de mes nuits de Pusan. Ivresse des restaurants de viande et de poisson. On ne sait pas vivre comme ca par chez moi, et cela me manquera.
Un matin, au bout de la ville, ou peut-etre une nuit, sous une pluie battante, pres de la mer, il y a eu l’amour aussi.
May
Réduire la distance, film-reportage expérimental
by Meriadec Damien in Video
“Aucun mur ne doit plus séparer les pays riches et les pays pauvres. Aucun mur ne doit plus séparer les races et les ethnies, les citoyens de souche et les immigrés, les chrétiens, les juifs et les musulmans. Voilà les murs qu’il faut aujourd’hui abattre (…). Les murs peuvent être abattus, l’Histoire nous le rappelle sans cesse.(…)Le temps est venu de lancer de nouveaux ponts à travers le monde…” Obama, discours à Berlin
Réduire la distance, 1h00, Corée du Sud, réalisé par des compagnons de route. C’est un film qui parle des gens, d’amour, de la Corée, mais aussi du bonheur, de la vie, de la lumière et de la recherche de la compréhension.
Ce film est dédié à une amie, une étoile.
Ceci est un premier film, avec ses erreurs et ses maladresses, avec son manque de moyen (revendiqué), alors prenez-le comme tel. Le son est parfois mauvais, l’image aussi, en raison du manque de matériel, mais nous voulions prouver que nous tous, sans être artistes ou cinéastes, pouvons avoir une production artistique. Le miroir des films à venir… Bon visionnage!

Pour un film participatif et libertaire
pour un cinéma pauvre et engagé
pour se déprendre du cinéma tel que nous le connaissons
pour un cinéma au rythme lent et qui assume de prendre son temps, au risque d’ennuyer le spectateur
“Rien n’est… Tout est en train d’être.”
***
Une expérience de reportage cinéma participatif: “Réduire la distance” – Octobre 2008
C’est un reportage sur la Corée: je veux filmer la société coréenne contemporaine en m’intéressant principalement aux gens. Je ne veux pas faire un documentaire conforme à ce qui existe déjà….
Fortement inspiré par le cinéma-vérité, je veux filmer la Corée d’aujourd’hui et pas une Corée imaginaire, traditionnelle, à la modernité destructrice. Je cherche l’originalité culturelle de la Corée à travers des personnes que j’ai rencontrées et sa similitude avec toutes les sociétés contemporaines…..
J’ai rencontré des individus se battant intérieurement entre leur coréanité ancrée en eux et une envie de liberté vis à vis de leur société. Je souhaite mettre en évidence ce conflit interne : comment l’individu exprime-t-il sa liberté quand il est contraint de subir des règles parfois nombreuses et coercitives au sein de sa société…..
Mon objectif n’est pas de taper sur la Corée même si je veux bien montrer les ravages du capitalisme et de la course au rendement irréfléchie. J’ai aussi observé le malaise que ressentaient ces amis rencontrés en Corée, un malaise que je ressentais moi aussi dans mon propre pays: je veux le mettre indirectement en évidence…..
Toutes ces personnes sont des individus “entre”, sur la frontière, entre une vie rangée au sein de la société en respectant ses règles et entre une vie d’exclu fonctionnant en parallèle ou à coté de cette société…..
Phase I.1. Je souhaite rencontrer (interviewer) ces personnes pour qu’elles me révèlent leur humanité: leur coréanité, leur mal être, leur adaptation, leur quotidien, leurs libertés, etc… Je laisse une part de hasard dans cette rencontre parce que je souhaite créer un cinéma participatif, de tendre vers un cinéma démocratique…..
Phase I.2. Je souhaite filmer mes compagnons, ces personnes que j’ai rencontrées, dans leur quotidien: travail, études, vie quotidienne, atelier… Je souhaite qu’ils me montrent leurs maquis d’oxygène, leurs espaces de liberté, là où ils se refugient face à la pression sociale. Je répète qu’il ne s’agit pas de mettre le système coréen en demeure mais de montrer simplement des individus dans leur milieu et que leur malaise puisse transparaitre indirectement (la part de hasard et ma capacité à diriger mes compagnons-acteurs)…..
Lors de la rencontre (interview et tournage), j’aimerais créer des espaces de liberté dans la façon d’interviewer et de filmer: moi, le réalisateur, et mes acteurs devont échanger et apprendre mutuellement. Je ne suis pas réalisateur, ils ne sont pas des acteurs, nous sommes réalisateurs-acteurs, des compagnons de tournage, cela s’exprime dans la possibilité à l’interviewé de me poser des questions: la rencontre est un processus où s’échangent et se mélangent nos egos, nos perceptions et nos réflexions. De plus, il est possible à tous de filmer, c’est en cela que j’appelle mon cinéma participatif. Il est possible de s’adresser directement à la camera, au public, qu’il puisse partager notre expérience. Le cinéma empêche le public de participer : il est nécessaire de trouver des façons détournées qui puissent permettre au public d’être actif, de ne pas être vidé par la catharsis qui s’opère lorsqu’il regarde le film et qu’il s’identifie aux personnages. Il faut donner l’occasion au public de s’exprimer et d’agir : on peut donc s’adresser a lui, lui poser des questions, lui montrer une situation où il aurait envie d’agir et où il est choqué de l’inaction, de la lâcheté…..
Phase I.3. A la fin de la rencontre (interview-tournage), je demande à mes compagnons quelle question ils souhaiteraient poser à leurs compatriotes, hommes et femmes de la rue. C’est alors que nous allons ensemble poser la question dans la rue à une vingtaine de personnes…..
ATTENTION : lors du tournage, selon la personnalité de la personne filmée, on choisit ce qu’il veut montrer et la façon de le filmer…..
Comme je l’ai expliqué précédemment, je m’intéresse aux pressions que subit l’individu dans son milieu : dans une deuxième phase, je souhaite mettre en branle le procédé qui permet à chacun de s’affranchir de ces pressions en agissant pour changer les choses…..
Comment peut-on agir au sein de notre monde, de notre société ? Comment peut-on changer le monde, faire évoluer la société ? Sommes-nous des couards ou voulons-nous et pouvons-nous vraiment agir sur notre milieu ? Je pense qu’il est possible d’agir sur notre milieu même s’il s’agit d’actions infimes qui ont des conséquences ultérieures, l’histoire nous servant d’exemple…..
A travers l’exemple d’un soulèvement d’étudiants coréens en forme de manifestation dans les années 80, événement de l’histoire de la ville de Pusan, je souhaite rappeler l’histoire et son rôle dans la vie présente pour envisager l’avenir. Je souhaite que nous prenions tous conscience de notre histoire et de son importance pour envisager l’avenir…..
En organisant un séminaire de théâtre, inspiré par le théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal, je souhaite mettre en évidence 3 choses :….
Phase II.1. Des exercices de théâtre qui permettent à un échantillon de personnes (âges, professions, milieux, sexes et cultures différentes) de se rencontrer et de communiquer autrement, de s’exprimer par d’autres canaux…..
Phase II.2. A travers le théâtre-image, je souhaite rappeler l’histoire et les gestes du passé ; à travers le théâtre-forum, je souhaite réfléchir sur cet événement historique, sur ses conséquences dans le présent et sur sa portée idéologique…..
Phase II.3. Enfin, à l’aide du théâtre-forum, je souhaite travailler sur des situations d’oppression actuelles. Une mise en parallèle du passé et du présent me semble pertinente pour mieux envisager le futur. Le cinéma-théâtre vu comme un maquis d’oxygène, lieu de réflexion politique en marge de l’activité sociale…..
Qui je choisis parmi les intervenants, mes compagnons ? Des personnes m’ayant exprimé une certaine libre pensée face à leur société, un recul…….
Tout ce travail est une expérience de cinéma-théâtre qui doit nous apprendre des choses sur nous-mêmes dans la société et sur notre possibilité d’y avoir une action positive, désintéressée économiquement (pour le bien commun) et permettant le changement, l’avancée sociale…….
Penser, parler, faire, partager……
“Soyez essentiellement humains, soyez le tant que vous vous rapprocherez du meilleur de l’humain, purifiez le meilleur de l’homme par le travail, l’étude, l’exercice de la solidarité permanente avec le peuple et avec tous les peuples du monde, développez au maximum votre sensibilité jusqu’à en être angoissés quand on assassine un homme quelque part dans le monde et pour être enthousiasmés quand quelque part dans le monde s’élève un nouveau drapeau de la liberté. ” Ernesto Che Guevara
Ce qu’il y a devant nous et ce que nous laissons derrière, ceci est peu de chose comparativement à ce qui est en nous. Et lorsque nous amenons dans le monde ce qui dormait en nous, des miracles se produisent. Henry David Thoreau
Dec
To Reduce The Distance, experimental movie-report
by Meriadec Damien in Video
To reduce the distance, 1:00, South Korea, directed by road companions. It’s a movie about people, love, Korea, but also happyness, life, light and research of understanding.
That is a first movie, with mistakes and clumsinesses, with its lack of resources (proclaimed), then take it like that. The sound is sometimes bad, the image too, cause of the lack of material, but we wanted to prove we are all, without to be artists or movie makers, able to have an artistic production. The miror of movies to come… Good view!

For a participative and libertarian movie
For a poor and engaged cinema
To pull away from the cinema how we know it
For a cinema with a slow rythm and which accepts to take its time, risking to bore the spectator
“Nothing isn’t… All is being.”